De fait, l’irruption de la machine, l’apparition de nouveaux matériaux et paradigmes au XIXe siècle ont progressivement fait disparaître le langage commun de l’architecture classique après des siècles de stabilité menant à une crise durable. Les ambitions du mouvement moderne et postmoderne de refonder un langage universel ont échoué. Il s’en est suivi une période, jusqu’à nos jours, où l’architecture s’est construite sans langage. Elle est devenue le simple reflet des individualités qui la conçoivent.
Chacun pour soi. Plus de corporation. Plus de règles propres et une syntaxe appauvrie.
Depuis, elle oscille entre deux dérives : d’un côté, la prolifération de signes individuels, de l’autre, son absorption dans le flux des images et du spectacle. Le projet se réduit à une image, à une surface. L’agence cherche au contraire à lui redonner une épaisseur intellectuelle et matérielle.
Dans une économie de la nouveauté permanente, où la valeur des choses tient à leur remplacement rapide, l’architecture est souvent réduite à sa capacité à produire un effet. Le choc devient un mode d’existence, éphémère et incapable de produire du sens.
Nous faisons l’hypothèse inverse, l’architecture doit s’inscrire en continuité avec l’existant. Elle ne peut exister comme discipline continue qu’à condition de l’affirmer comme un langage commun partageable et transmissible.
Non pas en revenant à un passé figé, mais en s’inscrivant dans un processus de sédimentation des formes, des idées et des expériences. Ce positionnement implique un déplacement, ce n’est pas l’expression personnelle qui fonde le projet, mais la capacité à mobiliser des concepts opératoires existant. L’architecture ne cherche pas à surprendre, mais à produire des formes qui semblent avoir toujours existées, en un mot qu’elles soient banales. Et ainsi qu’elles puissent être intemporelles.
Chaque projet s’élabore ainsi comme un système. Une substance (formes, matières, volumes) mise en relation par des règles situées (usages, lumière, structure, économie, contexte) afin de produire un récit en vue d’un sens.
Ce récit ne relève ni de la narration arbitraire ni de l’image, mais d’une cohérence interne capable d’être comprise, discutée et partagée.
L’intuition y joue un rôle central, mais une intuition cultivée, éprouvée par la raison.
Chaque décision formelle tend à être justifiable par le récit et vis à vis de la corporation, non comme contrainte, mais comme condition de liberté, ainsi il nous semble qu’une forme logique est une forme partageable.
De ce fait, nos projets s’inscrivent ainsi dans une culture élargie à la fois architecturale et artistique mais aussi littéraire et philosophique, non comme références à citer, mais comme matière active de projet.
Construire, c’est alors moins produire un objet singulier que contribuer à un langage commun.